Qu’est-ce que le trouble de l’attention (TDAH)?

Nous sommes tous parfois distraits, désorganisés ou impulsifs. Nous pouvons oublier un rendez-vous, procrastiner ou perdre le fil d’une conversation.

Chez certaines personnes, ces difficultés sont beaucoup plus fréquentes et persistantes. Elles peuvent perturber les études, le travail, les relations ou la vie quotidienne.

C’est dans ce contexte que l’on parle de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

Un trouble fondé sur des dimensions continues

Le TDAH occupe une place particulière dans ce dossier. Le HPI correspond à un niveau très élevé de certaines capacités cognitives. La haute sensibilité décrit une dimension de tempérament et de personnalité. Le TDAH est, lui, un trouble neurodéveloppemental.

Il se caractérise par des symptômes persistants d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité. Ils apparaissent au cours du développement, dans plusieurs contextes, et entraînent un retentissement significatif.

Cela ne signifie pas qu’il existe deux groupes totalement distincts. L’inattention, l’impulsivité et l’agitation varient dans l’ensemble de la population. Les recherches montrent que ces caractéristiques sont largement dimensionnelles.

Le diagnostic dépend donc surtout de leur intensité, leur fréquence et leur persistance. Il tient aussi compte de leur présence dans plusieurs situations et de leurs conséquences.

Se reconnaître dans certains comportements liés au TDAH ne suffit donc pas.

La question centrale est plutôt: à quelle fréquence, depuis quand, dans combien de situations et avec quelles conséquences?

Le TDAH n’est pas un simple déficit d’attention

Le nom du trouble peut faire penser à un simple manque d’attention. La réalité est plus complexe.

Les études neuropsychologiques montrent des différences moyennes dans plusieurs domaines. Elles concernent notamment la mémoire de travail, l’inhibition, la vigilance, la planification et la régularité des performances (Pievsky & McGrath, 2018).

Mais ces différences varient beaucoup d’une personne à l’autre. Certains individus présentent des difficultés exécutives marquées. D’autres beaucoup moins. Aucune tâche cognitive ne permet, à elle seule, d’identifier de manière fiable un TDAH.

Un résultat important concerne la variabilité des performances. Une méta-analyse de plus de 300 études montre des performances plus irrégulières dans le temps chez les personnes avec TDAH (Kofler et al., 2013).

La difficulté peut donc concerner moins la capacité à réussir que la capacité à mobiliser cette performance de façon régulière.

Une même personne peut être très efficace dans certaines situations et beaucoup moins dans d’autres.

Le rôle de la motivation

Les modèles actuels accordent aussi une place importante à la motivation et à la récompense.

En moyenne, les personnes avec TDAH préfèrent davantage les récompenses immédiates aux bénéfices plus importants mais différés (Jackson & MacKillop, 2016).

Cela aide à comprendre les variations selon le contexte. Une activité nouvelle, stimulante ou immédiatement gratifiante peut faciliter l’engagement. Un retour d’information rapide peut aussi aider à maintenir l’attention.

À l’inverse, une tâche répétitive ou peu intéressante peut être beaucoup plus difficile à poursuivre. C’est aussi le cas lorsque ses bénéfices restent lointains.

Le TDAH ne correspond donc pas à un mécanisme unique.

Les modèles actuels envisagent plusieurs voies. Elles impliquent à des degrés variables l’attention, les fonctions exécutives, la motivation et le traitement des récompenses (Barkley, 1997; Sonuga-Barke, 2003, 2005).

Il est plus juste de parler d’une difficulté de régulation de l’attention, du comportement et de la motivation.

Il n’existe donc pas un profil cognitif unique du TDAH.

Les émotions font aussi partie du tableau

Le diagnostic repose surtout sur l’inattention et l’hyperactivité-impulsivité. Pourtant, les difficultés de régulation émotionnelle sont aussi fréquentes.

Elles peuvent prendre la forme d’une faible tolérance à la frustration, d’irritabilité ou de réactions émotionnelles rapides. Certaines personnes ont aussi plus de mal à retrouver leur calme (Faraone et al., 2019).

Cette dimension peut contribuer à certaines ressemblances entre TDAH et haute sensibilité. Mais la haute sensibilité n’est ni obligatoire ni spécifique au TDAH.

La dysrégulation émotionnelle est fréquente, mais son importance varie fortement selon les individus.

TDAH et personnalité

Comme pour le HPI et la haute sensibilité, il est utile de replacer le TDAH dans le cadre des grandes dimensions de personnalité.

L’association la plus forte concerne un Contrôle plus faible, surtout en lien avec l’inattention. Ce résultat est cohérent avec la définition du Contrôle. Cette dimension concerne notamment l’organisation, la planification, la persévérance et le maintien de l’effort.

On observe aussi un Neuroticisme plus élevé en moyenne. Cela correspond à une plus grande tendance à ressentir inquiétude, frustration, irritabilité ou stress face aux difficultés.

L’Agréabilité est légèrement plus faible, surtout avec les manifestations hyperactives et impulsives. L’Extraversion est peu liée à l’inattention, mais légèrement plus élevée avec l’hyperactivité-impulsivité.

Les relations avec l’Ouverture restent faibles ou variables (Gomez & Corr, 2014).

En résumé, il n’existe pas de « personnalité TDAH ».

Ces associations contribuent surtout à expliquer pourquoi le trouble ne s’exprime pas de la même manière chez tout le monde.

Elles permettent aussi de nuancer certains portraits populaires.

Sociabilité, curiosité, recherche de nouveauté ou créativité peuvent être présentes. Mais elles ne définissent pas le TDAH.

TDAH et cognition

Le TDAH peut se rencontrer à tous les niveaux d’intelligence. Les personnes avec TDAH obtiennent en moyenne des scores un peu plus faibles dans certains domaines cognitifs. Mais les distributions se chevauchent largement.

Une intelligence élevée n’exclut donc pas le diagnostic. Elle peut même compenser certaines difficultés.

Un élève très intelligent peut comprendre rapidement malgré une attention irrégulière. Il peut aussi obtenir de bons résultats malgré une organisation médiocre.

Ces stratégies compensatoires peuvent toutefois atteindre leurs limites. Les difficultés deviennent alors plus visibles quand les exigences augmentent (Rommelse et al., 2017).

Enfin, plusieurs difficultés cognitives peuvent avoir des causes très différentes. Une mémoire de travail faible, une vitesse réduite ou des performances irrégulières ne suffisent donc pas à identifier un TDAH.

Aucun profil de test cognitif ne permet, à lui seul, de diagnostiquer un TDAH.

Que retenir du TDAH?

Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental, même si ses caractéristiques varient de manière continue dans la population.

Le diagnostic dépend de l’intensité, de la persistance et du retentissement des difficultés.

Il n’existe pas un mécanisme unique. Attention, fonctions exécutives, motivation, régularité des performances et régulation émotionnelle peuvent toutes jouer un rôle.

Le TDAH entretient aussi certaines relations avec la personnalité. Les plus nettes concernent un Contrôle plus faible et un Neuroticisme plus élevé.

Enfin, il peut coexister avec n’importe quel niveau d’intelligence, y compris une intelligence très élevée.

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Références

Barkley, R. A. (1997). Behavioral inhibition, sustained attention, and executive functions:  Constructing a unifying theory of ADHD. Psychological Bulletin, 121(1), 65–94.

Faraone, S. V., Rostain, A. L., Blader, J., Busch, B., Childress, A. C., Connor, D. F., & Newcorn, J. H. (2019). Practitioner review:  Emotional dysregulation in attention-deficit/hyperactivity disorder—Implications for clinical recognition and intervention. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 60(2), 133–150.

Frazier, T. W., Demaree, H. A., & Youngstrom, E. A. (2004). Meta-analysis of intellectual and neuropsychological test performance in attention-deficit/hyperactivity disorder. Neuropsychology, 18(3), 543–555.

Gomez, R., & Corr, P. J. (2014). ADHD and personality: A meta-analytic review. Clinical Psychology Review, 34(5), 376–388.

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Pievsky, M. A., & McGrath, R. E. (2018). The neurocognitive profile of attention-deficit/hyperactivity disorder:  A review of meta-analyses. Archives of Clinical Neuropsychology, 33(2), 143–157.

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