
dossier scientifique
Cette page constitue l’introduction scientifique d’un dossier consacré aux écrans et au développement de 0 à 18 ans. Elle donne les principaux repères pour comprendre les recherches et leurs résultats. Le volet pratique propose, en parallèle, des conseils pour gérer les écrans au quotidien.
* Les pages « gérer » se trouvent sur mon site de ↗ conseil psy.
Pourquoi le « temps d’écran » ne suffit pas?
Les «écrans» ne constituent pas une activité unique. Regarder un dessin animé à 5 ans ou échanger sur les réseaux sociaux à 15 ans sont des expériences difficilement comparables. Les regrouper sous une même catégorie fait donc perdre une partie de l’information sur ce que l’enfant fait réellement.
Pour quantifier l’exposition, on utilise pourtant souvent le «temps d’écran»: combien de temps l’enfant passe-t-il chaque jour devant un écran? Cette mesure est utile, mais insuffisante pour évaluer les effets du numérique. Une même durée peut avoir des conséquences différentes selon l’activité, le moment, le contexte et surtout ce qu’elle remplace.
Il faut donc se demander non seulement combien de temps l’enfant utilise les écrans, mais ce qu’il y fait, pourquoi et au détriment de quelles autres expériences.
Des enjeux qui changent avec l’âge
Les besoins développementaux évoluent fortement de la naissance à l’adolescence. Le nourrisson apprend surtout par l’interaction, le mouvement et l’exploration sensorimotrice. L’enfant d’âge préscolaire devient plus capable d’apprendre à partir de contenus médiatisés, tout en restant très dépendant du jeu et des interactions.
À l’âge scolaire, l’attention, les apprentissages et l’autorégulation prennent davantage d’importance. À l’adolescence, le numérique devient aussi un véritable environnement social et participe aux relations, aux loisirs et à l’information.
Les mêmes critères ne peuvent donc pas être appliqués uniformément de 0 à 18 ans.
Ce que la recherche permet de conclure (ou pas)
Étudier les effets du numérique comporte une difficulté majeure: les conséquences à long terme sont rarement accessibles à l’expérimentation. Une grande partie des connaissances repose donc sur des études observationnelles. Elles permettent d’identifier des associations et parfois leur temporalité, mais plus difficilement d’établir une causalité stricte.
De plus, les relations peuvent être bidirectionnelles. Les caractéristiques d’un enfant peuvent favoriser certains usages, qui peuvent ensuite atténuer, maintenir ou amplifier ses difficultés. Par exemple, un enfant ayant du mal à réguler ses émotions peut recevoir davantage d’écran pour se calmer. En retour, un recours systématique à l’écran peut réduire les occasions d’expérimenter d’autres stratégies.
Enfin, le contexte peut expliquer une partie des associations observées. La disponibilité parentale, le logement ou les ressources familiales influencent à la fois les usages numériques et le développement. Une heure d’écran n’a pas non plus la même signification si elle remplace du sommeil ou si elle s’insère dans une journée déjà riche en activités.
Une association entre temps d’écran et difficulté développementale ne suffit donc pas, à elle seule, à démontrer que l’écran en est la cause.
Entre preuve scientifique et prudence raisonnable
Ces limites ne signifient pas qu’il faille attendre une étude définitive avant toute recommandation. L’évaluation peut aussi s’appuyer sur des connaissances développementales solides et sur des mécanismes bien compris.
Ainsi, même sans connaître précisément les effets à long terme du smartphone au lit, on sait qu’il peut retarder le sommeil. Le garder hors du lit constitue donc une précaution raisonnable. Plus le risque potentiel est crédible et la précaution peu coûteuse, moins il est nécessaire d’attendre une certitude causale absolue.
La même exigence vaut pour les bénéfices. Montrer qu’un enfant apprend quelque chose sur une tablette ne prouve pas que celle-ci lui soit particulièrement bénéfique. Il faut demander: par rapport à quoi? Un outil numérique peut permettre un apprentissage tout en étant moins efficace qu’un livre, un jeu concret ou une interaction avec un adulte. À l’inverse, certains usages offrent des possibilités difficilement remplaçables, comme communiquer avec un proche éloigné.
Lorsqu’un usage apporte peu de bénéfices spécifiques, concurrence une activité importante et présente des risques crédibles, il est raisonnable d’en limiter la place.
Des écrans présents très tôt et plusieurs heures par jour
Les écrans apparaissent tôt dans la vie des enfants et leur usage augmente fortement avec l’âge.
- Avant 2 ans, l’exposition commence souvent dès la première année et atteint progressivement quelques dizaines de minutes à environ une heure par jour. Une minorité est cependant beaucoup plus exposée.
- Entre 3 et 5 ans, les estimations se situent généralement entre 45 minutes et 1h30 par jour en Suisse et en France.
- Entre 6 et 11 ans, les usages se diversifient et deviennent plus autonomes. Selon les activités comptabilisées, les estimations atteignent environ 1h30 à 2h30 de loisirs numériques par jour.
- Entre 12 et 18 ans, le smartphone devient presque omniprésent. Les enquêtes situent généralement les usages personnels ou récréatifs autour de 3 à 4 heures par jour.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. Les enquêtes ne comptabilisent pas toujours les mêmes activités et reposent souvent sur des estimations déclaratives. Surtout, les moyennes masquent de fortes différences individuelles.
Ces durées peuvent susciter des inquiétudes légitimes, mais elles ne permettent pas à elles seules d’évaluer le risque. Les usages deviennent surtout préoccupants lorsqu’ils sont très précoces, envahissants ou qu’ils réduisent des activités importantes pour le développement. Il serait cependant abusif d’en déduire un seuil universel de nocivité.
L’absence de seuil universel ne signifie pas que la durée soit sans importance. Le temps d’écran récréatif reste un repère pratique: une exposition très faible chez les jeunes enfants et des loisirs numériques limités à environ 1–2 heures par jour à l’âge scolaire constituent des principes raisonnables de prudence.
Conseils et recherches par âge
Retrouvez les synthèses scientifiques et les recommandations pratiques correspondant à l’âge de votre enfant.
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Ressources complémentaires
Chiffres détaillés
- Pour la France, voir Temps d’écran de 2 à 5 ans et demi chez les enfants de la cohorte nationale Elfe » (Santé publique France, 2023) ; Temps d’écran des enfants de 3-11 ans scolarisés en maternelle et élémentaire en France hexagonale (Santé publique France, 2025) ; Enfants et écrans : À la recherche du temps perdu (Rapport officiel, 2024) ; #DerrièreLeChiffre : plus de 4 heures d’écran par jour pour les 6-17 ans, qu’est-ce que cela signifie ? (Santé publique France, 2025).
- En Suisse, voir SWIPE – Swiss Study on Preschool Screen Exposure (Université de Fribourg), consacrée aux usages des écrans chez les jeunes enfants ; Utilisation problématique ou à risque des écrans (Groupe national d’experts, 2021-2024) et quelques études récentes (Mora-Monteros et al., 2023; Richard et al., 2025).
- Pour le Canada, voir Plus de la moitié des tout-petits dépassent les recommandations en matière d’écrans (Radio Canada, 2025) et Le temps d’écran a-t-il une incidence sur les jeunes? (Statistique Canada, 2026).
- Pour les USA, voir The Common Sense Census: Media Use by Tweens and Teens (Common Sense Media, 2021) et Kabali et al. (2015). En Australie, voir Brushe et al. (2023), Tooth et al. (2022) et Children Screen Time (Australian Institute of Family Studies, 2015).
- Pour une estimation globale récente chez les 6-14 ans, voir Qi et al. (2023) ; cette étude, synthèse de plusieurs études de 2017 à 2021, rapporte un temps d’écran moyen quotidien de 3h environ (usages majoritairement récréatifs et avec une probable sous-estimation du temps lié au smartphone).
Références scientifiques
Brushe, M. E., Lynch, J. W., Melhuish, E., Reilly, S., Mittinty, M. N., & Brinkman, S. A. (2023). Objectively measured infant and toddler screen time : Findings from a prospective study. SSM – Population Health, 22, 101395.
Kabali, H. K., Irigoyen, M. M., Nunez-Davis, R., Budacki, J. G., Mohanty, S. H., Leister, K. P., & Bonner, R. L. (2015). Exposure and Use of Mobile Media Devices by Young Children. Pediatrics, 136(6), 1044‑1050.
Mora-Monteros, M., Suris, J.-C., Chok, L., Siwiak, A., Stadelmann, S., & Barrense-Dias, Y. (2023). Evolution of screen use among youth between 2012 and 2020 in Switzerland. Archives de Pédiatrie, 30(8), 563‑566.
Qi, J., Yan, Y., & Yin, H. (2023). Screen time among school-aged children of aged 6-14 : A systematic review. Global Health Research and Policy, 8(1), 12.
Richard, V., Lorthe, E., Dumont, R., Loizeau, A., Baysson, H., Zaballa, M.-E., Lamour, J., Nehme, M., Barbe, R. P., Posfay-Barbe, K. M., Guessous, I., & Stringhini, S. (2025). Determinants and health-related consequences of screen time in children and adolescents : Post-COVID-19 insights from a prospective cohort study. Swiss Medical Weekly, 155, 4247.
Tooth, L. R., Moss, K. M., & Mishra, G. D. (2022). Adherence to Screen Time Guidelines Among Families in Australia With Children of Different Ages. JAMA Pediatrics, 176(5), 517‑519.
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