Comprendre les différences individuelles

Certaines personnes recherchent beaucoup les interactions sociales, alors que d’autres préfèrent la solitude. Certaines réagissent fortement à leur environnement, d’autres beaucoup moins. Nous n’avons pas non plus tous la même facilité à rester concentrés.

Une partie importante de la psychologie étudie ces différences individuelles.

Certaines concernent la personnalité: notre manière habituelle de ressentir, de penser et d’agir. D’autres concernent nos capacités cognitives, comme raisonner, mémoriser ou traiter une information. Enfin, certaines différences peuvent devenir assez importantes pour entraîner des difficultés dans la vie quotidienne.

Nous sommes différents… mais pas répartis en cases

Quelques notions simples permettent de mieux comprendre ces différences. Elles évitent surtout de transformer trop vite une caractéristique psychologique en étiquette.

La plupart des caractéristiques psychologiques sont des dimensions

Prenons la taille. Certaines personnes sont petites, d’autres grandes. Pourtant, il n’existe pas deux catégories naturelles séparant les « petits » des « grands ».

La taille varie de manière continue. Il en va de même pour beaucoup de caractéristiques psychologiques.

Certaines personnes sont très extraverties, d’autres très introverties. Beaucoup se situent entre les deux. Certaines s’inquiètent facilement, d’autres restent généralement calmes. Certaines recherchent la nouveauté, d’autres préfèrent ce qui leur est familier.

On parle alors de dimensions. Chacun se situe quelque part sur un continuum allant d’un niveau faible à un niveau élevé.

Être « extraverti » ne signifie donc pas appartenir à une catégorie psychologique particulière. Cela signifie se situer plutôt vers une extrémité d’une dimension continue.

Une catégorie peut être créée à partir d’une dimension

Il reste parfois utile de fixer un seuil.

Imaginons un test dont la majorité des scores se situe autour de 100. Les scores deviennent progressivement plus rares quand ils augmentent. On peut alors décider d’appeler « très élevés » les scores supérieurs à 130.

Cette catégorie peut être utile. Mais elle ne crée pas pour autant deux populations naturelles.

Un seuil crée une distinction pratique au sein d’une variation qui reste continue.

Une personne obtenant 131 n’est donc pas radicalement différente d’une personne obtenant 129.

Cette idée est importante pour comprendre le haut potentiel intellectuel. Le seuil utilisé pour parler de HPI repère l’extrémité supérieure de la distribution de l’intelligence. Il ne sépare pas deux types d’êtres humains.

Un trait, une capacité et un trouble ne décrivent pas la même chose

Une autre distinction sera essentielle pour la suite du dossier.

Un trait de personnalité décrit une tendance relativement stable. Être très extraverti signifie, par exemple, rechercher davantage les interactions sociales, l’activité et les récompenses.

Une capacité décrit plutôt ce qu’une personne peut réaliser. Un test d’intelligence cherche ainsi à mesurer différentes capacités cognitives dans des conditions standardisées.

Un trouble psychologique répond à une autre logique. Il faut considérer plusieurs symptômes, leur persistance et leur retentissement sur la vie quotidienne.

Ces distinctions permettent de situer les trois notions étudiées dans ce dossier:

  • le haut potentiel intellectuel correspond principalement à un niveau très élevé de capacités cognitives;
  • la haute sensibilité renvoie plutôt à des différences de tempérament et de personnalité;
  • le TDAH est un trouble neurodéveloppemental, même si ses caractéristiques varient aussi de manière continue dans la population.

Une même personne peut présenter plusieurs de ces caractéristiques. Leur coexistence ne signifie pas qu’elles correspondent au même phénomène.

Comment décrire la personnalité? Le modèle Big Five

Nous utilisons de nombreux mots pour décrire la personnalité: sociable, curieux, anxieux, organisé, impulsif, chaleureux, réservé, imaginatif…

Comment organiser toutes ces différences?

Le modèle des Big Five propose l’une des réponses les plus solides. Il regroupe une grande partie des différences de personnalité autour de cinq dimensions.

Extraversion

L’Extraversion ne signifie pas simplement « aimer les gens ».

Elle concerne la sociabilité et l’enthousiasme. Elle inclut aussi l’énergie, l’initiative et la sensibilité aux récompenses.

On distingue notamment deux aspects. L’Enthousiasme concerne davantage la sociabilité et les émotions positives. L’Assertivité renvoie davantage à l’initiative, l’énergie et la poursuite active des objectifs.

Ouverture à l’expérience

L’Ouverture décrit l’intérêt pour les idées, l’imagination, l’esthétique, la nouveauté et la complexité.

Une personne élevée sur cette dimension explore davantage de nouvelles idées et expériences. Elle s’intéresse plus facilement à l’art, aux questions abstraites ou aux situations nouvelles. À l’autre extrémité, une personne peut préférer le concret, le familier et les méthodes éprouvées.

On distingue notamment deux composantes. L’Ouverture au sens strict concerne davantage l’imagination, les perceptions et l’expérience esthétique. L’Intellect renvoie surtout à la curiosité intellectuelle et à l’engagement avec les idées.

Cette dimension sera particulièrement importante pour comprendre la haute sensibilité et la créativité.

Neuroticisme

Le Neuroticisme correspond à une plus grande sensibilité aux émotions négatives et au stress.

On distingue notamment le Retrait, davantage lié à l’anxiété, l’inquiétude et la vulnérabilité. La Volatilité concerne plutôt l’irritabilité, la colère et les réactions émotionnelles rapides.

À l’autre extrémité se trouve la stabilité émotionnelle.

Cette dimension sera importante lorsque nous examinerons la haute sensibilité et le TDAH.

Agréabilité

L’Agréabilité concerne notre manière d’entrer en relation avec les autres. Elle inclut notamment l’empathie, la coopération, la confiance et la préoccupation pour autrui.

Une personne élevée sur cette dimension tient davantage compte des besoins des autres. Une personne située plus bas peut être plus critique, compétitive ou disposée à défendre ses propres intérêts.

On distingue deux aspects principaux. La Compassion concerne surtout l’empathie et le souci du bien-être d’autrui. La Politesse renvoie davantage au respect des règles sociales et à l’évitement des comportements agressifs ou dominateurs.

Ces positions ne sont pas intrinsèquement « bonnes » ou « mauvaises ». Leur utilité dépend des situations.

Contrôle

Cette dimension est appelée Conscientiousness en anglais. Le terme « conscienciosité » reste peu naturel en français. Nous utiliserons donc ici le terme Contrôle.

Le Contrôle concerne la capacité à organiser son comportement en fonction de ses objectifs. Il inclut notamment la planification, la persévérance, l’autodiscipline et le maintien de l’effort.

Une personne élevée sur cette dimension tend à être organisée et persévérante. Une personne située plus bas peut fonctionner de manière plus spontanée, mais rencontrer davantage de difficultés d’organisation.

On distingue notamment l’Ordre, lié à la structure et à l’organisation, et le caractère industrieux, lié à l’effort et à la persévérance.

Cette dimension sera particulièrement importante lorsque nous parlerons du TDAH.

Cinq dimensions, pas cinq types de personnes

Le Big Five ne classe pas les individus dans cinq catégories. Chaque personne possède un niveau sur chacune des cinq dimensions.

Quelqu’un peut être très ouvert, moyennement extraverti, très contrôlé, peu névrotique et moyennement agréable. Une autre personne présentera une autre combinaison.

La personnalité correspond donc à un profil multidimensionnel, pas à une étiquette.

Chaque grande dimension peut aussi se décomposer en aspects ou facettes. Deux personnes ayant le même niveau global d’Extraversion peuvent ainsi présenter des profils différents. L’une sera plutôt enthousiaste, l’autre plutôt assertive.

Cette organisation hiérarchique fait du Big Five une sorte de carte générale de la personnalité.

Elle permet aussi de poser une question importante: lorsqu’un nouveau concept apparaît, décrit-il vraiment quelque chose de nouveau? Ou recouvre-t-il en partie des dimensions déjà connues?

Cette question sera centrale lorsque nous parlerons de haute sensibilité.

Comment mesurer l’intelligence?

La personnalité décrit surtout comment nous avons tendance à fonctionner. Les tests d’intelligence cherchent plutôt à mesurer certaines capacités cognitives.

Ils proposent donc plusieurs types de tâches. Certaines évaluent le raisonnement. D’autres mobilisent la mémoire, les connaissances acquises ou la vitesse de traitement.

Une observation fondamentale apparaît alors: les performances obtenues à ces différentes tâches sont positivement corrélées.

En moyenne, une personne qui réussit bien un type de tâche cognitive réussit aussi un peu mieux les autres.

Cette tendance générale est à l’origine de la notion de facteur général d’intelligence, ou g. Cela ne signifie pas que toutes les capacités intellectuelles sont identiques.

Une organisation en plusieurs niveaux

Les modèles contemporains représentent plutôt l’intelligence comme une organisation hiérarchique. Le modèle de Cattell-Horn-Carroll (CHC) distingue plusieurs niveaux.

Au niveau le plus général se trouve g. Il représente ce que les différentes capacités cognitives ont en commun.

À un niveau plus précis apparaissent plusieurs grandes capacités:

  • l’intelligence fluide (Gf): raisonner et résoudre des problèmes nouveaux;
  • les capacités cristallisées (Gc): connaissances et compétences développées par l’apprentissage et l’expérience;
  • la mémoire de travail: maintenir et manipuler temporairement des informations;
  • la vitesse de traitement: effectuer rapidement certaines opérations cognitives simples;
  • les capacités visuo-spatiales: analyser et manipuler mentalement des informations visuelles et spatiales.

Ces grandes capacités peuvent elles-mêmes être décomposées en aptitudes plus spécifiques. On peut donc représenter l’intelligence comme un arbre: un tronc commun, plusieurs grosses branches, puis des capacités plus particulières.

Du test au QI

Un test d’intelligence comporte plusieurs épreuves. Une seule tâche ne suffirait pas à représenter l’ensemble du fonctionnement cognitif.

Les performances sont ensuite comparées à celles de personnes du même âge. Le QI est donc un score relatif. Il indique où se situe une performance par rapport à une population de référence.

Par convention, la moyenne est fixée à 100. Environ deux personnes sur trois obtiennent un score compris entre 85 et 115. Les scores deviennent progressivement plus rares lorsqu’on s’éloigne de la moyenne.

Un score de 130 correspond à environ deux écarts-types au-dessus de la moyenne. Il situe une personne parmi les 2 à 3 % des scores les plus élevés.

C’est ce seuil qui sert fréquemment à définir le haut potentiel intellectuel.

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Références

Anglim, J., Dunlop, P. D., Wee, S., Horwood, S., Wood, J. K., & Marty, A. (2022). Personality and intelligence: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 148(5-6), 301–336.

DeYoung, C. G. (2015). Cybernetic Big Five Theory. Journal of Research in Personality, 56, 33–58.

John, O. P., & Srivastava, S. (1999). The Big Five trait taxonomy: History, measurement, and theoretical perspectives. In L. A. Pervin & O. P. John (Eds.), Handbook of personality: Theory and research (2nd ed., pp. 102–138). Guilford Press.

McGrew, K. S. (2009). CHC theory and the human cognitive abilities project. Intelligence, 37(1), 1–10.