
Certaines personnes recherchent beaucoup les interactions sociales, alors que d’autres préfèrent la solitude. Certaines s’inquiètent facilement alors que d’autres beaucoup moins. Etc.
Une partie importante de la psychologie étudie ce genre de différences individuelles. Cet article présente dans les grandes lignes ce versant de la psychologie. Il sert de cadrage général aux articles suivants, qui portent sur des thématiques plus spécifiques.
Cet article fait partie du dossier HPI, TDAH et haute sensibilité
Nous sommes différents… mais pas répartis en cases
Quelques notions simples permettent de mieux comprendre les différences individuelles. Elles évitent de transformer trop vite une caractéristique psychologique en étiquette.
La plupart des caractéristiques psychologiques sont des dimensions
Certaines personnes sont petites, d’autres grandes. Pourtant, il n’existe pas deux catégories naturelles séparant les « petits » des « grands ». La taille varie de manière continue.
Il en va de même pour beaucoup de caractéristiques psychologiques. Par exemple, certaines personnes sont très extraverties, d’autres très introverties. Beaucoup se situent entre les deux, dans la moyenne.
On parle alors de dimensions. Chacun se situe quelque part sur un continuum allant d’un niveau faible à un niveau élevé.
Être « extraverti » ne signifie donc pas appartenir à une catégorie particulière. Cela signifie se situer plutôt vers une extrémité d’une dimension continue.
Il reste parfois utile de fixer un seuil, pour définir un groupe, poser un diagnostic ou orienter une intervention. Les seuils sont toujours conventionnel. Un seuil découpe une dimension continue sans créer deux catégories naturelles de personnes.
Un trait, une capacité et un trouble ne décrivent pas la même chose
Une autre distinction est essentielle pour la suite du dossier.
- Un trait de personnalité décrit une tendance dans notre manière de ressentir, de penser et d’agir. Être très extraverti signifie, par exemple, rechercher davantage les interactions sociales, l’activité et le plaisir.
- Une capacité décrit plutôt ce qu’une personne peut réaliser. Un test d’intelligence cherche ainsi à mesurer différentes capacités cognitives dans des conditions standardisées.
- Un trouble psychologique répond à une autre logique. Il faut considérer plusieurs symptômes, leur persistance et leur retentissement sur la vie quotidienne.
Une personne peut présenter plusieurs de ces caractéristiques, par exemple être extravertie, intelligente et souffrir d’un trouble anxieux.
Une même personne peut présenter plusieurs caractéristiques par simple coïncidence. Cela ne signifie pas que ces caractéristiques sont liées entre elles dans la population.
Comment décrire la personnalité? Le modèle Big Five
Nous utilisons de nombreux mots pour décrire la personnalité: sociable, curieux, anxieux, organisé, impulsif, chaleureux, réservé, imaginatif…
Comment organiser toutes ces différences?
Le modèle des Big Five propose l’une des réponses les plus solides. Il regroupe une grande partie des différences de personnalité autour de cinq dimensions.
Extraversion
L’Extraversion concerne la sociabilité, l’énergie, l’enthousiasme et la sensibilité aux récompenses. Elle comprend notamment l’Enthousiasme, davantage lié aux émotions positives et aux interactions sociales, et l’Assertivité, davantage liée à l’initiative et à la poursuite active des objectifs.
Ouverture
L’Ouverture décrit l’intérêt pour les idées, l’imagination, l’esthétique, la nouveauté et la complexité. Elle comprend l’Ouverture au sens strict, davantage liée à l’imagination et à l’expérience esthétique, et l’Intellect, davantage lié à la curiosité cognitive et à l’engagement avec les idées.
Neuroticisme
Le Neuroticisme correspond à une plus grande sensibilité aux émotions négatives et au stress. Il comprend notamment le Retrait, lié à l’anxiété, l’inquiétude et la vulnérabilité, et la Volatilité, davantage liée à l’irritabilité, la colère et aux réactions émotionnelles rapides. À l’autre extrémité se trouve la stabilité émotionnelle.
Agréabilité
L’Agréabilité concerne l’empathie, la coopération, la confiance et l’attention portée aux autres. Elle comprend notamment la Compassion, liée au souci du bien-être d’autrui, et la Politesse, davantage liée au respect des règles sociales et à l’évitement des comportements agressifs ou dominateurs.
Contrôle
Cette dimension, appelée Conscientiousness en anglais, concerne la capacité à organiser son comportement en fonction de ses objectifs. Elle inclut notamment l’Ordre, lié à la structure et à l’organisation, et le caractère industrieux, lié à l’effort, la persévérance et l’autodiscipline.
Cinq dimensions, pas cinq types de personnes
Le Big Five ne classe pas les individus dans cinq catégories. Chaque personne possède un niveau sur chacune des cinq dimensions.
Quelqu’un peut être très ouvert, moyennement extraverti, très contrôlé, peu névrotique et moyennement agréable. Une autre personne présentera une autre combinaison.
La personnalité correspond donc à un profil multidimensionnel, pas à une étiquette.

Deux personnes ayant le même niveau global d’Extraversion peuvent aussi présenter des profils différents dans leurs facettes. L’une sera plutôt enthousiaste, l’autre plutôt assertive.
Cette organisation hiérarchique fait du Big Five une sorte de carte générale de la personnalité.
Elle permet aussi de poser une question importante: lorsqu’un nouveau concept apparaît, décrit-il vraiment quelque chose de nouveau? Ou recouvre-t-il en partie des dimensions déjà connues?
Cette question sera centrale lorsque nous parlerons de haute sensibilité.
Comment mesurer l’intelligence?
La personnalité décrit surtout comment nous avons tendance à fonctionner. Les tests d’intelligence cherchent plutôt à mesurer certaines capacités cognitives.
Ils proposent donc plusieurs types de tâches. Certaines évaluent le raisonnement. D’autres mobilisent la mémoire, les connaissances acquises ou la vitesse de traitement.
Une observation fondamentale apparaît alors: les performances obtenues à ces différentes tâches sont positivement corrélées.
En moyenne, une personne qui réussit bien un type de tâche cognitive réussit aussi un peu mieux les autres.
Cette tendance générale est à l’origine de la notion de facteur général d’intelligence, ou g. Cela ne signifie pas pour autant que toutes les capacités intellectuelles sont identiques.
Une organisation en plusieurs niveaux
Les modèles contemporains représentent plutôt l’intelligence comme une organisation hiérarchique. Le modèle de Cattell-Horn-Carroll (CHC) distingue plusieurs niveaux.
Au niveau le plus général se trouve g. Il représente ce que les différentes capacités cognitives ont en commun.

À un niveau plus précis apparaissent plusieurs grandes capacités:
- l’intelligence fluide (Gf): raisonner et résoudre des problèmes nouveaux;
- les capacités cristallisées (Gc): connaissances et compétences développées par l’apprentissage et l’expérience;
- la mémoire de travail: maintenir et manipuler temporairement des informations;
- la vitesse de traitement: effectuer rapidement certaines opérations cognitives simples;
- les capacités visuo-spatiales: analyser et manipuler mentalement des informations visuelles et spatiales.
Ces grandes capacités peuvent elles-mêmes être décomposées en aptitudes plus spécifiques. On peut donc représenter l’intelligence comme un arbre: un tronc commun, plusieurs grosses branches, puis des capacités plus particulières.
Du test au QI
Un test d’intelligence comporte plusieurs épreuves. Une seule tâche ne suffirait pas à représenter l’ensemble du fonctionnement cognitif.
Les performances sont ensuite comparées à celles de personnes du même âge. Le QI est donc un score relatif. Il indique où se situe une performance par rapport à une population de référence.
Par convention, la moyenne est fixée à 100. Environ deux personnes sur trois obtiennent un score compris entre 85 et 115. Les scores deviennent progressivement plus rares lorsqu’on s’éloigne de la moyenne.
Un score de 130 correspond à environ deux écarts-types au-dessus de la moyenne. Il situe une personne parmi les 2 à 3 % des scores les plus élevés.
C’est ce seuil qui sert fréquemment à définir le haut potentiel intellectuel.
Cet article fait partie du dossier HPI, TDAH et haute sensibilité
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Références
Anglim, J., Dunlop, P. D., Wee, S., Horwood, S., Wood, J. K., & Marty, A. (2022). Personality and intelligence: A meta-analysis. Psychological Bulletin, 148(5-6), 301–336.
DeYoung, C. G. (2015). Cybernetic Big Five Theory. Journal of Research in Personality, 56, 33–58.
John, O. P., & Srivastava, S. (1999). The Big Five trait taxonomy: History, measurement, and theoretical perspectives. In L. A. Pervin & O. P. John (Eds.), Handbook of personality: Theory and research (2nd ed., pp. 102–138). Guilford Press.
McGrew, K. S. (2009). CHC theory and the human cognitive abilities project. Intelligence, 37(1), 1–10.
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